Grèves des femmes, grève féministe !

Il y a toujours eu des grèves de femmes ! Et ce tout au long de l’histoire.

On peut citer celle des Pen Sardines en 1925 à Douarnenez qui a duré plusieurs mois et leur a permis d’obtenir des revalorisations salariales après une longue bataille.

On retrouve des grèves de femmes en lien avec l’apparition du mouvement féministe des années 70, notamment une grève en 1974 de la reproduction qui visait autant à avoir le droit à l’avortement, que d’avoir le choix d’avoir ou pas des enfants. On peut citer aussi la grande grève aux Etats-Unis pour les 50 ans du droit de vote, ou la grève en Islande suivie par 90 % des islandaises sur la question de l’égalité salariale en 1975, comme celle en Suisse en 1991 sur cette même thématique.

En France, ce sont les toulousaines en 2012 qui reprennent cette idée de grève des femmes en posant la nécessité un 8 mars de cesser le travail, de jeter symboliquement des gants de ménage en manifestation, et qui voit des crèches et écoles fermer. La commission femmes de Solidaires s’empare de cet exemple et va ensuite voir le CNDF (comité national du droit des femmes) pour proposer cette modalité d’action et de lutte afin de dynamiser les 8 mars journée internationale pour le droit des femmes.
Porter la grève des femmes était à la fois remettre la radicalité dans le mouvement féministe du 8 mars. La grève des femmes, c’est aussi la grève du travail domestique, et en élargissant la notion de grève au-delà de la grève du travail dit « productif » c’était aussi l’idée de porter le débat des luttes féministes dans nos organisations syndicales et de visibiliser la situation des femmes autant dans le monde du travail que dans la société toute entière.

C’est aussi en 2015 qu’on voit tous les mouvements internationaux, et spécialement sur les questions de violences sexistes et sexuelles s’étendrent et porter une dynamique féministe qui va s’agréger et aboutir aux mouvements massifs de « grève féministes » spécialement en 2018, avec l’exemple des femmes espagnoles massivement en grève et dans la rue ce jour-là .

Dans ces années 2016 à 2018, le débat sur la grève des femmes, grève féministe s’étend également à la CGT, à la FSU, avec des réticences sur la grève « des femmes » qui serait clivante (parce que ne s’adressant qu’aux femmes) et progressivement c’est la notion de grève féministe qui s’impose (les hommes pouvant être féministes, ou plus précisément alliés des féministes). En 2023 lors du mouvement social des retraites, l’ensemble des organisations syndicales appellent à rejoindre le 8 mars (même si certaines restent réticences et n’iront pas sur l’appel à une grève féministe). En 2024, et encore cette année, l’appel intersyndical au 8 mars est large et en 2025, la CGT, Solidaires, la FSU, mais aussi la CFDT, l’UNSA, et la CFECGC appellent à la grève féministe !

La grève féministe fait le focus sur l’idée que sans les femmes le monde s’arrête. L’épisode Covid a mis en avant les métiers essentiels très largement occupés par des femmes (et des personnes issues de l’immigration), les premières de corvée. L’enjeu porte évidemment sur la grève du travail dit productif, mais aussi sur le travail « reproductif » dévolue aux femmes (tâches domestiques, éducation des enfants, soins des proches…), qui permet au capitalisme de fonctionner, et qu’il est important de reconnaître car étant fondamental parce qu’il sert plus largement la vie, et l’habitabilité de la planète ! (voir le livre « Mobilisées » de Fany Gallot et Pauline Delage).

La grève féministe permet ainsi la repolitisation du travail du soin des autres, mais aussi il fait se réapproprier la grève, et des formes de mobilisation qui sont utiles à tout le mouvement social !