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Trois questions à Passeurs d’hospitalités

De quoi témoigne le blog Passeurs d’hospitalités ?

Depuis que la frontière francobritannique est entre Calais et Douvres on peut penser qu’il y a des voyageurs bloqués à Calais et empêchés d’entrer au Royaume-Uni, ou refoulés de Douvres à Calais. Mais ça devient un « problème » identifié comme tel dans la deuxième moitié des années 1980, avec une double dimension : ces personnes se retrouvent à la rue ; certaines d’entre elles relèvent du droit d’asile, et sont donc empêchées de déposer leur demande au Royaume-Uni. Au fil du temps les contrôles aux frontières se déplacent sur le sol français, et les autorités françaises prennent en charge une politique de pression, de violence et de violation des droits qui s’exerce sur les exilé-es aux approches de la frontière. Si Calais reste le principal lieu de passage des exilé-es, ceux-ci se sont dispersés le long du littoral, de la Bretagne à la Belgique et aux Pays-Bas, et le long des autoroutes qui conduisent à Calais.

Les exilé-es passent la frontière principalement caché-es dans ou sous des camions, et s’abritent dans des bâtiments vides ou des campements auto-construits dans les interstices urbains et péri-urbains, à proximité des lieux de passage. Il existe d’autres moyens de passer illégalement la frontière, plus chers et moins visibles.

Passeurs d’hospitalités essaye de rendre compte de cette situation, de la rendre intelligible, de déconstruire les discours de propagande, de donner la parole aux exilé-es et aux acteur/trices de terrain, notamment via un audioblog.

Comment s’organisent les solidarités sur le Calaisis ?

Il y a d’abord toute une solidarité individuelle, de voisinage ou non, qui se traduit par une aide ponctuelle ou suivie, à travers laquelle se tressent parfois des liens personnels. La pression qui a suivi la fermeture du centre de Sangatte en 2002 et liée au « délit de solidarité » a tendu à la rendre invisible.

Elle acquiert au contraire une visibilité nouvelle depuis un peu plus d’un an, avec des personnes se rendant parfois quotidiennement dans les lieux de vie des exilé-es, parfois en famille, et une place importante des relations nouées avec des individus et des groupes.

C’est dans les années 1990 que se crée une association centrée sur le soutien aux exilé-es, La Belle Étoile, et que des organisations plus généralistes coordonnent leur action en leur direction au sein du collectif C’SUR. D’autres associations se créent au fil du temps, après la fermeture du centre de Sangatte. Peu à peu s’installe aussi une séparation entre les associations travaillant avec des publics calaisiens et celles impliquées auprès des exilé-es, seul le Secours catholique restant présent sur les deux terrains.

Les associations de défense des droits de l’homme se sont étiolées à Calais même.

Le mouvement No Border est présent de manière continue depuis 2009. On a ainsi une mosaïque complexe de grosses ONG comme Médecins du Monde, de plusieurs générations d’associations locales, de groupes informels et d’initiatives individuelles.

Là où se sont implantés des campements permanents, le long du littoral de Cherbourg à Dunkerque, le long des autoroutes à l’intérieur des terres, à Paris qui sert d’étape sur le parcours vers la frontière britannique, des associations et des collectifs se sont également créés. La plupart sont aujourd’hui regroupés dans la Plate-forme de Service aux Migrants.

« Invisibiliser » les exilé-es ou les désigner à l’excès : comment les autorités françaises et britanniques trompent l’opinion publique sur les réalités migratoires à Calais ?

En mars et avril derniers, les autorités ont regroupé par la menace d’expulsions policières violentes la plupart des exilé-es présent-es dans le Calaisis sur un terrain à 7 km du centre-ville, où ils sont « tolérés ».

À proximité, un centre financé par l’État et l’Union européenne propose des services à minima : un repas par jour, des douches, une mise à l’abri d’une partie des femmes et enfants.

Les autorités tentent d’impliquer une partie des associations dans une cogestion de sa politique, tout en refusant le dialogue avec les autres. Éloigné du centre-ville, le nouveau bidonville est juste en contrebas de l’autoroute d’accès au port, par laquelle transitent 10 millions de passagers par an, qui est maintenant longée d’une double clôture coiffée de barbelés. La « misère du monde » et les barrières sensées en protéger les populations sont donc données à voir.

La mise en spectacle du nouveau bidonville cache la persistance d’autres lieux de vie dans le Calaisis, de bivouacs aux approches du Tunnel sous la Manche, de campements ailleurs sur le littoral et à l’intérieur des terres. Elle dissimule le fait que la plupart des personnes qui s’abritent là sont issues des classes moyennes et ne vivent dans des bidonville que depuis leur arrivée en Europe, que cette situation est construite par les politiques de non-accueil, que quelques centaines ou milliers de personnes selon les années bloquées à la frontière francobritannique représente une « masse » ridiculement faible pour ces deux pays de plus de 60 millions d’habitants.

Enfin la visibilité de la situation humanitaire relègue à l’arrière-plan la répression et les violences policières, la politique de ségrégation dans l’espace urbain, et les expulsions du territoire, ainsi que l’aggravation de la situation sur ces trois plans.

Alors que le ministre de l’intérieur français répète que les exilé-es qui ne demanderaient pas l’asile en France ont « vocation » à être expulsé-es vers leur pays d’origine, une récente réunion d’urgence côté britannique, présidée par David Cameron, concluait notamment : « Troisièmement, le gouvernement va continuer à collaborer étroitement avec le gouvernement français pour réduire le nombre de migrants à Calais et les incitations à ce qu’ils restent là. Ceci comprend une forte coopération sur les retours, avec un financement britannique et des vols conjoints vers des pays comme le Soudan. »

>> Passeurs d’hospitalités

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Article publié le 27 août 2015
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