Le projet de directive libéralisant le commerce des services, dite directive Bolkestein, est en train d’être discuté au Parlement européen. Contrairement
à ce qu’avait affirmé le président de la République pendant la campagne référendaire, ce projet n’est donc pas abandonné. Ce texte encourage le dumping social, met en danger les règles de santé publique, les normes environnementales et la protection des consommateurs. Il importe aujourd’hui d’engager un processus de mobilisation à l’échelle européenne pour que ce projet soit abandonné. Le 15 octobre sera une première étape en ce sens.
La proposition de directive relative aux services dans le marché intérieur, dite "Bolkestein", du nom de l’ancien
Commissaire chargé du marché intérieur, est emblématique de la vision libérale de la construction européenne. L’objectif de cette directive "est d’établir
un cadre juridique qui supprime les obstacles
à la liberté d’établissement des prestataires de services et à la libre circulation des services entre les Etats
membres". Toutes les activités de services, à l’exclusion des services régaliens de l’Etat fournis gratuitement, sont
concernés. L’enjeu est donc considérable.
Le principe du pays d’origine
Ce projet de directive repose sur une innovation juridique : le principe du pays d’origine. Ce principe signifie qu’un prestataire de services est exclusivement soumis à la loi du pays où il est
établi et non plus à la loi du pays où il fournit le service. Ce principe est d’abord un renoncement à la logique d’harmonisation qui était théoriquement la doctrine officielle de l’Union européenne (UE). Certes cette doctrine avait déjà été mise à mal par le
refus d’une harmonisation des règles fiscales et des droits économiques et sociaux des salariés. Pire même, souvent cette harmonisation faite "par le bas" a été porteuse de régression sociale. C’est par exemple ainsi au nom de l’égalité entre les femmes et les hommes
qu’a été supprimée l’interdiction du travail de nuit pour les femmes. Une autre solution aurait été au contraire d’harmoniser "par le haut" en interdisant le travail
de nuit pour tous les salariés, quitte à indiquer des exceptions à cette règle pour des raisons d’intérêt général. Cependant le maintien d’une logique d’harmonisation dans la construction de l’UE pouvait laisser espérer qu’un jour, mobilisations sociales et rapports de force aidant, nous arriverions petit à
petit à imposer une convergence par le haut des droits des habitants de l’Europe. Si elle était adoptée, cette
directive renverrait cette perspective aux calendes grecques. Le principe du pays d’origine apparaît
de fait comme une incitation légale aux délocalisations vers les pays de l’Union où règnent les moins-disants sociaux, fiscaux et environnementaux et où la
protection des consommateurs est moindre. Il s’agit d’une incitation à créer
des entreprises n’ayant qu’un siège
social plus ou moins fantomatique dans
ces pays et qui avec une simple boite
aux lettres pourront intervenir dans
toute l’Union.
De plus, le contrôle de ces entreprises
échapperait à l’administration du pays
d’accueil. Le projet de directive indique
ainsi que "l’Etat membre d’origine est
c h a rgé du contrôle du prestataire et des
services qu’il fournit, y compris lorsqu’il
fournit ses services dans un autre pays
membre". La portée pratique d’une telle
proposition apparaît clairement : c’est la
porte ouverte à une liberté d’action totale
pour les entreprises qui pourront agir
de fait sans aucun contrôle sérieux.
Que deviennent les services publics ?
Ce projet de directive concerne l’ensemble
des activités de services à l’exception
de celles déjà couvertes par une
autre directive. Ainsi les télécommunications,
les transports sont explicitement
exclus de son champ d’activité. De
plus, le principe du pays d’origine ne
s’appliquera pas à la distribution d’électricité
et de gaz, à l’eau et aux services
postaux. Faut-il être rassurés pour
autant ? Non car pour l’essentiel, ces
secteurs sont déjà dérèglementés et les
missions de service public sont en train
de se réduire comme une peau de chagrin,
voire ont quasiment disparu
comme dans le cas des télécommunications.
Mais surtout, les missions d’intérêt
général ne sont pas explicitement
exclues de l’application du principe du
pays d’origine. Le champ des services
publics est très différent d’un pays à
l’autre, ce qui aura des conséquences sur
la manière dont un service peut être
rendu. Un prestataire de service ne sera
ainsi pas obligé de respecter les exigences
liées à des missions de service
public du pays dans lequel il fournit le
service.
Comment les Etats pourront continuer à
maintenir des dispositions relatives à
l’intérêt général alors que le projet de
directive vise explicitement à lever tous
les obstacles à la liberté d’entreprendre
et fournit une longue liste de mesures
incompatibles avec cet objectif.
Les politiques de santé publique
Le texte de la directive impose la suppression
d’un nombre considérable de
mesures qui sont pourtant à la base de la
régulation des systèmes de soins dans la
plupart des pays de l’Union. Ainsi,
concernant les pharmacies, il deviendrait
impossible pour un Etat d’imposer
des normes d’implantation en fonction
de la population. De même, il ne serait
plus possible d’imposer à un prestataire
venant d’un autre pays de l’Union des
normes d’encadrement ou d’équipement
dans les établissements de santé ainsi
que des normes de qualité et de soins. Il
deviendrait, de plus, impossible d’imposer
à un opérateur de santé des tarifs
obligatoires, ce qui revient à miner le
système de remboursement de soins mis
en place par l’assurance-maladie.
On le voit, il s’agit d’une remise en cause
frontale de toute possibilité de mener
réellement des politiques publiques en
matière de santé.
Une intervention citoyenne nécessaire !
Le projet de directive relève de la codécision
entre le Parlement européen et
le Conseil européen qui regroupe les
Chefs d’Etat et de gouvernement. Après
discussion sur divers amendements, ce
texte devrait être adopté par le
Parlement européen probablement vers
la fin octobre. Il sera ensuite présenté
devant le Conseil européen.
On le voit, contrairement à ce que nous
avait affirmé le gouvernement, ce projet
n’est absolument pas enterré. Dans cette
situation, il importe d’abord de l’interpeller
pour lui rappeler ses engagements.
Mais il faut aussi engager un
processus de mobilisation à l’échelle
européenne.
De nombreux mouvements sociaux
européens ont décidé de faire de la journée
du 15 octobre une première étape de
mobilisation dans tous les pays de
l’Union européenne.
En France, faisons de cette journée un
moment d’interpellation du gouvernement
français.
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Les collectifs unitaires continuent !
La victoire du NON au référendum sur le
projet de traité constitutionnel européen a exprimé
un net refus des politiques néolibérales. Cette
victoire a été rendue possible par la formidable
dynamique unitaire qui s’est créée durant
cette campagne. Plus de 1 000 collectifs unitaires ont
vu le jour dans toute la France regroupant des associations, des syndicats, des partis politiques et de nombreux citoyens sans aucune appartenance.
Ces collectifs ont décidé de continuer à exister pour être un cadre de débat et de mobilisation unitaire
contre les politiques néolibérales. Le collectif national a décidé de prendre comme nom
"Collectif du 29 mai".
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Le droit du travail
Le projet de directive n’exclut pas les
réglementations nationales en matière
de droit du travail du principe du pays
d’origine. Une possibilité juridique
existe donc pour que puisse s’engager un
démantèlement du droit du travail.
Certes, la directive de 1996 sur le
détachement des travailleurs n’est pas
concernée par ce principe. Il en est de
même pour le règlement de 1971 de
coordination des régimes de sécurité
sociale qui indique que "les personnes qui
résident sur le territoire de l’un des Etats
membres sont soumises aux obligations et sont
admises au bénéfice de la législation de tout
Etat membre". Toutefois le recours
aux travailleurs détachés est cependant en pratique
un moyen de contourner les règles
sociales et de faire ainsi pression sur les
normes d’emploi du pays où s’exerce
l’activité. C’est le cas non seulement parce
que les possibilités concrètes de contrôle
sont réduites, mais aussi parce que les
droits de ces salariés diffèrent très
sensiblement de ceux des autres salariés.
Le projet de directive aggrave les risques de
dumping social en rendant encore plus
illusoires les possibilités de contrôle
des normes sociales. Le texte prévoit en
effet un allégement des contraintes des
entreprises en matière de détachement. Il
prévoit de supprimer “les règles tatillonnes"
et "les formalités administratives à
remplir avant que les entreprises puissent
détacher des travailleurs". Le
contrôle des entreprises était faible,
il deviendrait inexistant.
le mercredi 28 septembre 2005
P.S. :
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