UNION SYNDICALE SOLIDAIRES
Fonctions Publiques et Assimilés
Déclaration de l’Union syndicale Solidaires au Conseil Supérieur de la Fonction
Publique d’Etat du 16 juillet 2008
Monsieur le Ministre,
Ce conseil supérieur de juillet marque pour Solidaires, non pas le début de l’été, bien que l’on
puisse se souhaiter de bonnes vacances, mais le temps du bilan d’une année passée.
En effet, nous allons examiner le rapport annuel sur l’état de la Fonction publique et Solidaires a
souvent l’impression que tout va bien dans la Fonction publique. Ce n’est pas nous qui le
disons, c’est vous, Monsieur Santini qui voulez en donner le sentiment lorsque l’on entend vos
expressions publiques.
Faux semblants car parfois certains syndicalistes, ou certaines organisations syndicales, sont
dans vos déclarations vilipendées et ridiculisées, et encore, ici, notre formulation est faible.
Lorsque ce ne sont pas les syndicalistes qui sont raillés oralement, ce sont les salariés euxmêmes,
qui sont physiquement malmenés ou brutalisés par les forces de l’ordre.
Pourtant nous vous entendons souvent, Monsieur le Ministre, vous féliciter des relations
entretenues avec les organisations syndicales, en citant surtout les accords de Bercy, comme
vous avez su le faire, tout dernièrement, aux récompenses organisées par Acteurs publics.
Aujourd’hui, Solidaires attire véritablement votre attention sur ce sujet.
Nous comprenons que le gouvernement ait besoin pour sa communication de valoriser le seul
accord ayant recueilli la signature d’organisations représentant + de 80% des personnels.
A Solidaires nous tenons cependant à vous rappeler que nous avons associé à notre signature,
une lettre ouverte exprimant un certain nombre de réserves et de questions.
Nous avons parlé de ces accords, il y a quelques jours en groupe de travail : c’est effectivement
un pari sur l’avenir mais cela ne dédouane certainement pas le gouvernement d’un dialogue
social constructif qui passe, dès maintenant, par une véritable écoute des revendications des
personnels et de leurs représentants et non par un dénigrement systématique.
Cela ne passe certainement pas, encore, par des provocations verbales du Président de la
République du genre (nous le citons) « maintenant lorsque qu’il y a une grève en France
personne ne s’en aperçoit ».
Certes, il y a des sujets sur lesquels nous pouvons travailler. C’est le cas des conditions de
travail que Solidaires met au coeur de ses préoccupations ainsi que nous vous l’avons dit, lors
de l’ouverture des négociations sur ce sujet. Oui, sur ce thème, il nous faudra avancer, si nous
ne nous heurtons pas à la politique du gouvernement.
Politique contraignante, développée toute
l’année, qui ne nous laisse que peu de marges de manoeuvre et qui fait que les conditions de
travail se dégradent à vitesse grand V.
Vous avez décidé de mener une politique de rigueur dans la fonction publique. Cette politique
part d’un postulat dogmatique exprimé par le Président dans son discours de Nantes et pendant
la campagne électorale de 2007. Il faut « moins de fonctionnaires, moins d’agents publics ». De
fait, votre politique se traduit chaque jour un peu plus, par un affaiblissement du statut des
fonctionnaires, à un recul des conditions de travail, au dynamitage de la fonction publique et du
service public de qualité et de proximité.
La RGPP, véritable boîte à outil destructrice d’emplois, formatée par des équipes d’audit sans
aucune concertation avec les représentants des personnels, ni d’ailleurs avec les élus locaux,
les citoyens, les usagers, est présentée comme une réorganisation magnifique de l’Etat.
Mais chacun peut constater que dans la réalité, ces réorganisations, ces fusions se font souvent
dans une parfaite désorganisation. Le MEEDAT, quelle réussite ! DRIRE, DDE, DDA, les
personnels, les services ne savent même plus où ils doivent se situer.
La RGPP c’est aussi votre outil servant à détruire « la culture de proximité ». Mais comment
peut-on attendre de votre gouvernement qu’il comprenne ce qu’est véritablement la culture de
proximité, la culture populaire, celle que l’on porte dans les quartiers, l’art vivant etc....
La RGPP c’est aussi, et encore, un ensemble de restrictions de toutes les politiques publiques.
Tout le monde à encore en mémoire la polémique enclenchée par les propositions sur les
malades en ALD. Propositions que vous imputez à la Caisse d’assurance maladie alors que
nous savons tous qu’elles avaient déjà été actées lors de l’avant-dernier Comité de
Modernisation des Politiques Publiques.
Oui, nous avons effectivement besoin de revoir quels sont les véritables besoins en services
publics dans ce pays. Oui, les citoyens sont attachés à leurs services publics de proximité ; c’est
ce que vous montre, ou vous ont montré, ceux qui se sont mobilisés avec leurs élus et syndicats
pour la défense de l’hôpital de proximité. Un hôpital public que vous voulez mettre à mal
comme d’ailleurs tout le système de sécurité sociale solidaire.
Nous avons besoin de l’intervention de l’Etat et nous espérons que la conjoncture économique
ne vous mettra pas en position d’intervenir pour socialiser les pertes, comme cela se passe aux
Etats-Unis dans le secteur bancaire. Mais nous savons déjà que vos préférences vont à la
privatisation, vous permettant ainsi d’amoindrir et de détruire le service public comme cela va
être le cas avec le changement de statut de la poste.
Même l’action sociale n’échappe pas à une volonté de privatisation. Le CESU géré par le
groupe ACCOR cela ne passe toujours pas. A Solidaires, nous voulons, Monsieur le ministre,
que l’Etat prenne encore plus sa place dans la protection sociale complémentaire. Nous voulons
des mutuelles fortes et qui ne soient pas des assurances déguisées. Nous voulons une véritable
action sociale décidée dans les instances dédiées à ces sujets.
Nous avons aussi besoin d’avoir, avec la crise écologique que nous connaissons, une vraie
politique de l’eau, contrôlée par les citoyens et gérée démocratiquement.
Globalement, dans cette période de crise économique, la Fonction publique et les services
publics devraient être des piliers confortant notre société. Au lieu de cela, vous vous en servez
comme « des variables d’ajustement budgétaire » doublées d’une arrière-pensée idéologique.
Vous voulez faire des économies ? Récupérez donc les 840 millions de cadeaux fiscaux faits
aux plus riches... Vous voulez de la croissance ? Augmentez donc les salaires. Bref, donnez
l’exemple, rangez au placard la GIPA et faites un véritable geste pour tous.
Parmi tous les sujets de tension, l’un des plus sensible et critique, concerne la fiche de paye. A
Solidaires nous pensons notamment aux fonctionnaires et agents de la fonction publique
territoriale dont la rémunération est, principalement et presque uniquement, basée sur le point
d’indice. Et nous pensons aussi à tous les personnels qui se débattent de plus en plus avec des
fins de mois difficiles comme tous les salariés, les chômeurs les précaires de ce pays.
Pour Solidaires les négociations salariales du printemps 2008 ne sont pas closes et nous vous
rappelons que nous demandons une revalorisation immédiate de 65 points d’indice et une
valeur du point portée à 5 euros.
Indemnités kilométriques, remboursement des frais de transport en province, refonte de la
cartographie de l’indemnité de résidence, tout est à faire ou refaire et Solidaires va sur ces
sujets, et d’autres, vous transmettre un dossier de propositions.
Dans une situation difficile pour tous, dans une situation de très grande précarité (et nous
pensons ici aussi à tous les non-titulaires, à toutes les femmes qui subissent encore plus cette
précarisation et ces difficultés), il restait au moins aux fonctionnaires la possibilité de se
rattacher à leur statut.
Mais là le bât blesse encore, car vos projets de transformation sont destinés à détruire la
fonction publique, la carrière, le statut et les droits qui y sont rattachés. Le projet de loi sur la
mobilité en est une illustration parfaite. C’est véritablement votre outil de gestion qui s’intègre
parfaitement dans la volonté gouvernementale d’avoir des personnels plus malléables, plus
flexibles et ...jetables.
Vous aurez déjà certainement compris, à l’écoute de notre présente déclaration, que les
fonctionnaires, les personnels et les citoyens ne vous laisseront pas faire !
Sur le sujet de la parité, Solidaires réclame que dans tous les thèmes abordés dans le cadre
des instances de la fonction publique, ce problème soit pris en compte. Pour notre Union
syndicale, il faut qu’une politique volontaire soit mise en place pour que, sur la base du rapport
annuel, nous puissions accélérer la réduction des inégalités flagrantes que l’on retrouve depuis
trop de temps dans les trois versants de la fonction publique.
Quant aux conclusions du livre blanc qui sont parfaitement inscrites dans le volet 2 de ce
rapport, c’est le quatrième pavé que vous lancez pour casser la fonction publique dont s’étaient
dotés, au fil des ans, les citoyens de ce pays. Il est déjà facile d’en voir les prémices, à travers le
désengagement de l’Etat dans certains établissements publics comme la poste, bientôt météo
France, l’ONF..., à travers le recrutement commun dans certains ministères.
Les premières discussions que nous avons eu avec la DGAFP, sur ce que pourrait être
l’application des conclusions du livre blanc, n’ont fait que conforter nos inquiétudes sur l’avenir
de la fonction publique.
Une fonction publique organisée en grandes filières où les ministères choisiraient leurs agents
comme des collaborateurs, sans aucune garantie de gestion. Une fonction publique où les
indicateurs et la performance de chaque agent (sans souci du service public) seraient
individualisés au travers de la rémunération Une fonction publique où le contrat individuel entre
l’agent (ou le salarié) et son employeur public serait la règle. Une fonction publique qui ne serait
plus un creuset d’intégration mais où chacun creuserait sa tombe dans une spécialisation dès
son entrée dans la fonction publique.
Avec la remise du rapport annuel sur l’Etat de la Fonction publique, il était important pour
Solidaires et pour les agents, de faire le point.
Nos conclusions sur vos actions passées sont unanimement négatives, très négatives !
Cette année a été marquée par des mouvements importants des personnels, qui allaient plus
loin que le désir d’exprimer un simple malaise. A ces besoins d’expressions et de rejet de votre
politique, vous avez répondu par le mépris et par la brutalité verbale ou policière.
Nous l’avons dit au début de cette intervention, le dialogue social passe par l’écoute des
revendications des personnels. Alors sachez, Monsieur le ministre, que la grogne et la colère ne
sont pas mortes avec l’été. Sachez que si il le faut, pour faire reculer votre politique et établir à
nouveau le rapport de force nécessaire, vous pourrez compter sur tous les agents de la
Fonction publique. Vous pourrez aussi compter sur Solidaires pour travailler à tous les niveaux
et faire converger les luttes et pas seulement dans la Fonction publique.
Juste un dernier point ; Monsieur le Ministre et Monsieur le Directeur général, dans le volume 2
du bilan annuel vous vous félicitez des coopérations avec un certain nombre de pays. Nous
découvrons ces coopérations, certaines sont effectuées avec des fonctions publiques de pays
où la répression s’abat sur les fonctionnaires et leurs représentants. Nous pensons ici,
notamment à l’Algérie où les camarades du SNAPAP, syndicat autonome algérien, subissent
régulièrement une répression brutale, Solidaires réinterviendra sur ce sujet.

