Coordination Française
Marche mondiale des Femmes contre les violences et la pauvreté
A la demande d’annulation de son mariage par un homme, le tribunal de grande instance de
Lille vient de répondre positivement par un jugement qui considère la virginité comme une
« qualité essentielle » des femmes avant le mariage.
Cette situation, impensable dans une République Laïque, peut signifier, soit que le tribunal a
été différentialiste rendant un jugement discriminatoire, soit que la virginité des femmes est
devenue une "qualité essentielle" dans notre société, ce qui serait une terrible régression des
libertés individuelles des femmes, une atteinte à l’intégrité physique et mentale de la
personne, une violation de son intimité et de son intégrité.
Cette pression familiale où, dans certains contextes, les femmes sont punies, parfois
sacrifiées pour avoir « "déshonoré" les familles, peut en soi expliquer le mensonge. Le juge
aurait pu annuler le mariage pour violence du mari envers sa femme. Exhiber le drap de la nuit
des noces, comme preuve de la qualité de la marchandise acquise, c’est considérer la femme
comme un objet de reproduction dont on vérifie qu’il n‘y a pas eu d’autres propriétaires. Nous
sommes de plein pied avec la société patriarcale, celle qui a mis en place et défend la
hiérarchisation des sexes, la domination masculine, celle qui opprime les femmes et les
asservit.
Cette décision juridique est venue nous rappeler que les hommes peuvent tout se permettre
alors qu’en tant que femmes, nous sommes sous contrôle social.
La loi se permet ainsi de légiférer sur notre vie privée, sur notre vie sexuelle. C’est une
régression extrême, c’est une dérive communautariste, une lourde concession faite aux
intégrismes religieux, une escalade qui fait progresser la main mise des religions sur la vie
Laïque et Républicaine et qui renforce la domination masculine. Dans une République laïque, la
loi doit être faite pour protéger les citoyen-nes, de manière égale, quelle que soit leur origine,
leur religion, leur culture. Si tel n’est pas le cas, il faut en exiger son abrogation ou sa
modification.
Quant au mensonge, on pourrait également se demander si les juges annulent les mariages
lorsque les maris occultent leur vrai visage, mentent effrontément, abandonnent leur famille,
violentent leurs femmes et leurs enfants ? Ce sont là des "qualités essentielles", universelles
et laïques qui sont bafouées pourtant.
Un jugement rendu par un tribunal français doit continuer à être prononcé au nom du peuple
souverain, source de la volonté générale, et non pas au nom d’une religion, d’une tradition ou
d’un droit coutumier.
Nous, femmes, avons tout à perdre si nous les laissons faire main basse sur nos corps, nous
humilier, permettre des lois différentes selon que l’on soit originaire du Nord ou du Sud de la
Méditerranée. Résistons, refusons ce jugement, qui peut faire jurisprudence et renforcer
tous les intégrismes.
Notre corps nous appartient ! notre sexualité, notre hymen aussi !
Nous voulons la liberté de disposer de nos corps !
Aucune loi, aucun tribunal ne peut aliéner cette liberté !
Communiqué établi sur la base d’un texte de femmes de la MMF et du Collectif Droits des Femmes Midi-Pyrénées. avec leur autorisation.









