Travail, emploi et vie privée : Les inégalités entre
hommes et femmes se portent toujours aussi bien !
La dernière étude de l’INSEE montre que les inégalités entre hommes et femmes perdurent
Plus touchées que les hommes par le chômage et par le travail à temps partiel, les femmes
gagnent toujours moins que leurs collègues masculins Force est de constater que, malgré
les lois successives sur l’égalité professionnelle, peu de choses changent Parce que ces
inégalités sont liées aussi à l’orientation scolaire, au travail domestique non partagé réellement,
il convient de prendre des mesures plus ambitieuses que ne le fut la Conférence égalité
mise en place par le gouvernement l’automne dernier et enterrée presque aussitôt
Un état des lieux accablant
L’étude publiée par l’INSEE le 21
février 2008, montre que les inégalités
entre les sexes en France persistent.
Malgré quelques avancées, les carrières
et les salaires des femmes restent déterminés
par les filières d’orientation ; celles-
ci sont moins nombreuses et moins
porteuses que les filières masculines.
Les filières dans lesquelles les femmes
sont majoritaires sont les filières “sociales”,
éducatives, médicales, et dans les
services aux particuliers. Il s’avère que
c’est là que l’on trouve les salaires les
moins avantageux. De ce point de vue, le
gouvernement et le patronat ont une responsabilité
dans cette situation : il faut
une revalorisation globale des salaires
de ces secteurs professionnels.
En finir avec le temps partiel imposé !
Le temps partiel concerne 31% des femmes
(pour 6% des hommes). Qui dit
temps partiel dit un salaire partiel qui ne
permet pas de vivre décemment. Pour
Solidaires, tout-e salarié-e à temps partiel
qui le souhaite doit pouvoir bénéficier
d’un temps complet. Il faut en finir
avec le recrutement à temps partiel
imposé. Les gouvernements n’ont eu de
cesse, depuis les années 80, de développer
le temps partiel, de multiplier les
exonérations pour toute embauche à
temps partiel : tout cela soi-disant pour
lutter contre le chômage. Or, non seulement
le taux de chômage demeure à un
haut niveau mais les femmes y restent
plus que les hommes. Les temps partiels
ont permis aux entreprises d’introduire
une flexibilité des horaires accrue, avec
des salaires évidemment partiels loin de
suffire pour vivre normalement. Etre à
temps partiel signifie dépendre d’un
mari, d’un compagnon ou de sa famille
pour boucler les fins de mois ; c’est
encore plus difficile quand les femmes
sont chargées de famille. Sans véritable
salaire, les femmes n’ont pas de véritable
autonomie !
Inégalités salariales
Les écarts de salaire entre les hommes et
les femmes se situent toujours à 25 % en
moyenne pour une situation de travail
identique. Cet écart s’explique en partie
par le temps partiel et les carrières discontinues.
Mais une partie importante
(11%) apparaît totalement inexplicable...
si ce n’est par la “main invisible”
des stéréotypes qui perdurent dans le
milieu professionnel. Les emplois ne
sont pas pesés et valorisés de la même
façon selon qu’ils sont considérés plutôt
masculins ou plutôt féminins. Le développement
des compléments de salaires sous forme de prime ou autres rémunérations individuelles
est plus favorable aux hommes qu’aux femmes ; les
hommes sont supposés être plus disponibles que les femmes
pour leur travail car moins chargés de familles et des
tâches familiales et domestiques ! Cette logique d’individualisation
des salaires est dangereuse pour tous les salariés,
mais elle pénalise encore plus les femmes.
Là encore il serait bon, à l’heure où le gouvernement parle
d’étendre aux fonctionnaires ces individualisations de
salaires, de tirer le bilan de leur application dans le secteur
privé. Au contraire, il faut remettre en cause cette logique,
privilégier les augmentations générales, revoir à la hausse
les grilles de salaire et revaloriser les secteurs professionnels
les plus déqualifés et souvent les plus féminisés.
Pour un réel partage des tâches domestiques
Reste la question des inégalités dans la “sphère” domestique
: les tâches familiales et domestiques restent deux fois
plus une affaire de femmes que d’hommes. S’attaquer à
cela passe par plusieurs types d’action :
- agir pour une réduction du temps de travail égale pour les
hommes comme pour les femmes ;
- remettre en cause la construction des modèles sociaux
dans l’éducation des enfants ; de ce point de vue, les jouets
et leur répartition “garçons / filles” sont encore porteurs
des stéréotypes les plus archaïques : les instruments de
ménage, de cuisine, les poupons pour les petites filles et
les jouets guerriers ou sportifs pour les petits garçons !
- développer les équipements collectifs de la petite
enfance.
L’urgence d’une politique ambitieuse
Face à ces inégalités, nous attendons des pouvoirs publics
autre chose que des grandes déclarations de principe.
Certes il existe des lois mais elles ne sont pas assez
contraignantes. Des plans d’égalité professionnelle et de
rattrapage des inégalités salariales devraient être obligatoires
; des pouvoirs renforcés devraient être donnés aux
élu-e-s du personnel pour agir en ce sens.
Les actions contre les stéréotypes (orientation scolaire,
rôles sociaux attribués aux filles différents de ceux des
garçons...) doivent se réaliser dès le plus jeune âge, via
l’école. Les médias et la publicité portent aussi une responsabilité
dans la représentation sexiste des femmes
Le gouvernement, s’il en a réellement la volonté peut largement
agir sur ces points : dans la formation des enseignant-
e-s et des personnels éducatifs, dans les programmes
scolaires, en direction des médias...
La Conférence Egalité annoncée avec publicité par le gouvernement
et tenue en automne dernier a fait “plouf”.
Avancer vers l’égalité, demande d’agir à tous les niveaux
et de s’attaquer à des comportements qui traversent la
société toute entière. Certains ne sont pas prêts à ces bouleversements
car ils pensent y trouver leur compte !
Mais il s’agit aussi de remettre en cause le fonctionnement
sexiste actuel du monde du travail : les tâches pénibles
et peu valorisées pour les femmes, les postes à responsabilité
pour les hommes, la flexibilité et la précarité
imposée aux femmes en priorité...
RETRAITES DANGER !
Les retraites sont en moyenne
deux fois moins élevées pour les
femmes (732 euros par mois en
2004) que pour les hommes
(1532 euros).Cette situation
résulte des inégalités de salaires
sur le marché du travail, des
interruptions de carrière ou
temps partiel pris pour élever les
enfants. Les mesures précédentes
ont déjà largement dégradé le
niveau des pensions. Ces réformes,
injustes pour tous, sont discriminantes
envers les femmes.
Le passage des 10 aux 25 meilleures
années pour le calcul des
pensions du régime général a été
très néfaste pour les femmes. De
même, l’allongement de la durée
de cotisation et la décote qui
pénalise les années manquantes,
frappent davantage les femmes :
elles avaient déjà des difficultés
à réunir 37,5 annuités. Seulement
39% des femmes retraitées ont
pu valider cette durée, contre
85% des hommes.
Allonger encore la durée à 41,
voire 41,5 ou 42 ans, comme le
prévoit le gouvernement est totalement
inacceptable !
Formation : les inégalités là comme ailleurs !
De 1993 à 2003, l’accès à la formation continue dans l’entreprise a progressé de six
points. Les taux d’accès sont quasi identiques pour les hommes comme pour les
femmes : en 2003, 21,1 % des femmes salariées avaient suivi, au cours de l’année
écoulée, un stage financé ou organisé par leur employeur, contre 22,6 % des hommes.
Cependant, cela recouvre des différences assez sensibles selon les caractéristiques
des emplois occupés car les chances d’accès à la formation dépendent de la
catégorie socioprofessionnelle, de la quantité de temps travaillé, du secteur d’activité - public ou privé -, de la taille de l’entreprise.
Les taux d’accès à la formation continue pour les salariés à temps complet sont :
- pour les cadres : de 33.7% de femmes, et 32.5 % d’hommes
- pour les employés : de 18.7% de femmes et 23.6 % d’hommes
- pour les ouvriers : 8.4% de femmes, 13.6 % d’hommes.
Dans le secteur public, les femmes représentent les trois quarts des employés mais
leur durée moyenne de formation est nettement inférieure à celle des hommes.
Plus fréquemment en CDD et en contrats aidés que les hommes, les femmes sont là
encore pénalisées quant à l’accès à une formation.
Pour les demandeuses d’emploi, elles ne sont que 38 % dans les stages AFPA (qualifiants,
gratuits et rémunérés) et 42% dans les stages financés par les ASSEDIC. Un
autre frein à l’accès des femmes à la formation est constitué par l’absence de partage
des tâches éducatives et ménagères qui leur laisse moins de temps disponible
pour se former ou pour se déplacer vers un site de formation.
Intersyndicale femmes
Depuis dix ans, chaque année
ont lieu deux journées de débat
intersyndical femmes en mars.
A l’initiative de Solidaires, de
la Fsu et de la Cgt, ces rencontres
traitent de tous les aspects
des inégalités, des discriminations
et de l’oppression des
femmes dans le travail comme
dans la société en général. Ces
rencontres donnent la parole à
des chercheus-se-s et à des syndicalistes
de terrain.
Elles réunissent chaque année
plus de 300 personnes. En
2008, elles auront lieu les 13 et
14 mars, à la Bourse du travail
de St Denis (93) et traiteront
des inégalités dans le travail, de
la représentation du corps des
femmes et de Mai 68...
Samedi 8 mars, journée internationale de luttes des femmes
A Paris : rassemblement - 15 h
Fontaine des Innocents / Les Halles
A l’initiative de la Marche mondiale des femmes (MMF) et de nombreuses organisations
Cliquez ici pour télécharger l’appel unitaire