UNION SYNDICALE SOLIDAIRES
En quelques semaines un nouveau traité européen a été rédigé et
adopté par les gouvernements européens Ce texte n’est ni un traité
"simplifié", ni un "mini-traité" C’est un clone du Traité constitutionnel
européen (TCE) qui a été rejeté par les Français Pourtant
Nicolas Sarkozy refuse d’organiser un référendum et veut faire
approuver ce traité par voie parlementaire Il s’agit d’un déni de
démocratie : ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire
Une méthode inacceptable !
Le Conseil Européen des 21 et 22 juin
a décidé du principe de la rédaction
d’un nouveau traité européen. Un
mois plus tard, la présidence portugaise
remet un projet de texte qui a
été adopté les 18 et 19 octobre par les
gouvernements européens et signé le
13 décembre à Lisbonne.
En deux mois à peine,
tout a été bouclé sans
aucun débat public sur
son contenu. La rapidité
avec laquelle cette affaire
a été bâclée en dit long
sur la conception de
l’Europe et de la démocratie
qui anime les dirigeants
européens. On
assiste à la manifestation
d’une volonté d’exclure
les citoyens européens de
tout débat sur l’avenir de
l’Union européenne.
Visiblement le double
non français et néerlandais
a à ce point effrayé
les dirigeants européens qu’ils ne
veulent plus prendre le moindre
risque : tout doit être fait très vite
pour prendre de vitesse une éventuelle
réaction citoyenne.
Un contenu néolibéral
Ce traité reprend l’essentiel des dispositions
du TCE. Le statut et les missions
de la Banque centrale européenne
(BCE) restent inchangés. La BCE
n’est soumise à aucun contrôle démocratique
et n’a toujours pas le plein
emploi comme objectif.
Le pacte de stabilité qui vérouille la
politique des Etats est maintenu et la
surveillance de leur politique budgétaire
est renforcée.
Les services publics restent toujours
soumis aux règles de la concurrence
et les politiques de libéralisation sont
encouragées. L’ouverture à la concurrence
du secteur de l’énergie, aberration
technique et économique, est
maintenant intégrée dans le traité. De
plus le financement des services interdit pour beaucoup d’entre eux.
Le libre-échange généralisé est le
seul objectif de la politique commerciale
et la politique industrielle est
réduite à l’application du droit de la
concurrence.
Le droit de la concurrence reste donc
le droit organisateur de l’Union, véritable
droit normatif, immédiatement
opérationnel, à côté duquel la plupart
des textes européens restent des
déclarations d’intention sans portée
pratique.
Marqué de bout en bout par le néolibéralisme,
tant dans les principes
qu’il promeut que dans les politiques
qu’il prône, ce traité se situe dans le
prolongement de ceux de Maastricht
et d’Amsterdam. L’Union européenne
restera un espace privilégié de promotion
des politiques néolibérales.
Il faut un référendum !
Le gouvernement justifie le refus
d’organiser un référendum par le fait
que Nicolas Sarkozy l’avait annoncé
pendant la campagne présidentielle.
Le candidat Sarkozy s’était engagé à
négocier un traité "simplifié" et un
"mini-traité". Or le traité de Lisbonne
n’est ni l’un ni l’autre.
Il n’est pas "simplifié" : plusieurs centaines
de pages et autant de modifications
des traités actuels ; 12 protocoles
et déclarations ayant la même
valeur juridique que le traité. Ce n’est
pas un "mini-traité" réduit à des questions
institutionnelles consensuelles.
Le traité de Lisbonne est le frère
jumeau du TCE qui a été rejeté par
nos concitoyens.
Le respect de la souveraineté populaire
exige qu’un nouveau référendum
soit organisé. Ce que le peuple a fait,
seul le peuple peut le défaire !
Faire échouer ce mauvais coup
contre la démocratie !
Alors que Nicolas Sarkozy refuse
absolument d’organiser un référendum,
les parlementaires ont une responsabilité
particulière. Ils ont le
moyen de faire respecter la souveraineté
populaire. En effet, la ratification
par voie parlementaire sera précédée
d’une modification de la Constitution.
Si la majorité des 3/5 n’est pas atteinte,
le président de la République sera
forcé d’organiser un référendum. Les
parlementaires ont le pouvoir d’imposer
un référendum en votant contre la
modification de la Constitution.
L’opinion publique doit se mobiliser
pour que cela soit possible !
Charte des droits fondamentaux,
un leurre !
La Charte des droits fondamentaux
n’a pas été intégrée au traité de
Lisbonne. Cependant, le texte
indique qu’elle "a la même valeur juridique
que les traités". La Charte sera
donc "juridiquement contraignante"
(Déclaration 31). Tout le problème est
de savoir jusqu’à quel point.
En effet, les droits sociaux qui y sont
contenus sont de très faible portée.
Ainsi, par exemple, le droit au travail
et à l’emploi n’existe pas et seul
apparaît le "droit de travailler".
D’autres sujets posent encore plus
de problèmes. Le droit à l’avortement
et à la contraception ne sont pas
reconnus par la Charte. Dans ce
cadre, on peut craindre que la réaffirmation
du « droit à la vie » ne soit utilisée
par certains pour les contester
devant la Cour de justice.
Pire, pour l’essentiel, l’application
des droits contenus dans cette
Charte est renvoyée aux "pratiques
et législations nationales". Cette
charte ne crée donc pas fondamentalement
de droit social européen susceptible
de rééquilibrer le droit de la
concurrence qui restera dominant à
l’échelle européenne. Cerise sur le
gâteau, des limitations à ces droits
peuvent être apportées si elles sont
jugées "nécessaires".
D’ailleurs, pour se prémunir de tout
dérapage possible, sa portée est
explicitement restreinte. Son texte
indique qu’elle "ne crée aucune compétence
ni aucune tâche nouvelles
pour l’Union et ne modifie pas les
compétences et tâches définies dans
les traités ", phrase reprise, on ne
saurait être trop prudent, à l’article 6
du traité. Tout cela indique que cette
Charte risque fort d’être un chiffon de
papier.
La concurrence au coeur du traité
Nicolas Sarkozy a obtenu que l’expression « concurrence
libre et non faussée » n’apparaisse pas comme
un objectif de l’Union européenne. Il s’agit d’une avancée
en trompe-l’oeil. En effet, le principe de concurrence
reste présent dans nombre d’articles du traité.
Citons par exemple l’article 105 qui affirme « le principe
d’une économie de marché ouverte où la concurrence
est libre ».
De plus, pour éviter toute fausse interprétation, le protocole
n° 6 indique : « le marché intérieur tel qu’il est
défini à l’article 3 du traité sur l’Union européenne
comprend un système garantissant que la concurrence
n’est pas faussée ». Or, cet article 3 porte justement
sur les objectifs de l’Union. C’est ainsi que la
concurrence non faussée est réintroduite là où elle
semblait avoir disparu.
Ce sont eux
qui le disent !
"Les gouvernements
européens se sont
ainsi
mis d’accord sur des
changements
cosmétiques à la
Constitution pour
qu’elle
soit plus facile à
avaler."
Valéry Giscard
d’Estaing, devant la
commission des
Affaires
constitutionnelles du
Parlement
européen, 17/ 06/ 07
"C’est essentiellement
la même proposition
que l’ancienne
Constitution."
Margot Wallstrom,
Commissaire
européen,
Svenska Dagbladet,
26/ 06/ 07
"Le but du Traité
constitutionnel était
d’être plus lisible... Le
but de ce traité est
d’être illisible... La
constitution voulait être
claire alors que ce
traité
devait être obscur.
C’est
un succès."
Karel De Gucht,
ministre belge des
Affaires étrangères,
Flandre info, 23/06/07
"Des référendums
sur le
nouveau traité
européen
seraient dangereux
et
perdants en
France, en
Angleterre et
dans
d’autres
pays.Il y a un
gouffre entre
les peuples
et les gouvernements."
Nicolas Sarkozy,
lors d’une
réunion avec les
parlementaires
européens le 14
novembre à
Strasbourg.
Voir également le communiqué unitaire