Le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer vient de confirmer la volonté du gouvernement de réformer les congés bonifiés ❐ Ce projet pourrait intervenir à l’automne ❐ Dans un contexte de réductions des effectifs dans les administrations et de baisse des dépenses publiques, les
originaires des DOM n’ont rien à y gagner ! ❐ Solidaires appelle à la défense du congé bonifié et de la continuité territoriale.
Au nom du libéralisme...
« Il faut prendre en compte les règles européennes
de libre concurrence et la liberté tarifaire qui doit
régir ces dessertes (DOM-métropole). Il n’est donc
pas possible de garder des mesures d’économie
administrée... Je veux aboutir à des solutions avan -
tageuses pour les usagers, mais aussi économique -
ment réalistes pour les compagnies. Je souhaite par
exemple étaler les congés bonifiés et ouvrir davan -
tage les dessertes aux compagnies aériennes non
régulières ». Cette interview du secrétaire d’Etat à
l’Outre-mer, Christian Estrosi, réalisée par le quotidien
les Echos vendredi 7 septembre confirme les
nombreuses déclarations de Nicolas Sarkozy, alors
candidat à la présidentielle.
« Faire baisser la demande »...
Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire,
Nicolas Sarkozy déclare à France Antilles en
juin 2006 : « J’ai souvent entendu des critiques sur
l’insuffisance de l’offre de sièges d’avion, sur la
qualité des services et sur le manque de transparen -
ce des tarifs jugés, par ailleurs, trop élevés...
La première idée que je propose consiste à agir sur
la demande de sièges d’avion en révisant les moda -
lités d’application du système des congés bonifiés...
Il s’agit d’abord de permettre aux agents de prendre
la durée de congés qu’ils souhaitent, tout en gar -
dant naturellement la possibilité d’aller jusqu’à 65
jours. Il s’agit ensuite de leur attribuer un chèque
voyage avec lequel ils achèteraient eux-mêmes
leurs billets... ».
en cassant le congé bonifié !
Cette fois, c’est le prix des billets d’avion qui sert de
prétexte à une remise en cause du congé bonifié !
Aucun originaire des DOM ne tombera dans un tel
piège, tellement les conséquences seraient néfates.
Aujourd’hui, l’impossibilité de fractionner le congé
bonifié offre un minimum de garantie aux agents :
celle d’avoir les dates prévues (ou à peu près) dans
le cadre du recensement annuel. Les administrations,
les collectivités et établissements publics
cherchent toujours à rogner les droits, notamment
en réexaminant les critères pour chaque départ,
mais demain ?
Demain, avec un tel système, qui pourra croire
qu’un originaire des DOM pourra prendre trois
années de suite juillet ou août en accolant les congés
annuels de l’année en cours et 10 jours de bonification
? Les difficultés pour poser les congés s’aggravent
chaque année dans les différents ministères, les
hôpitaux, les mairies, ou à la Poste par exemple. Les
agents seront inévitablement soumis aux trop
fameuses “nécessités de service” qu’on nous sert à
toutes les sauces !
Aujourd’hui c’est l’administration qui fait le recensement. Demain, avec le chèque voyage, chaque
agent se retrouvera soumis au marché de l’offre et la
demande touristiques. Et au prix du marché !
Nous ne sommes pas des touristes, nous rentrons au pays !
Pour Solidaires, les originaires des DOM ne sont
pas des vacanciers qui vont chercher le soleil outremer.
Ils rentrent chez eux tous les trois ans.
Les originaires des DOM qui sont venus en métropole
ne sont pas responsables d’une politique qui
génère chômage et sous développement économique
outre-mer. Ceux-ci ne sont pas plus responsables
de la politique des compagnies aériennes qui
détiennent une véritable rente sur certaines destinations.
Au bout du compte, les gagnants ne seront pas les
agents mais les administrations, qui auront autant
économiser grâce au chèque voyage. Le montant
évoqué par certaines sources (aux environs de 1200
euro) le démontre bien. Nicolas Sarkozy oublie
enfin deux choses essentielles : les originaires des
DOM repartent l’été car ce sont les vacances scolaires
des enfants. Enfin, le congé bonifié coûte déjà
très cher aux agents, surtout lorsqu’il faut louer !
Le principe de continuité territoriale remis en cause !
Le congé bonifié est justement l’application du
principe de continuité territoriale, principe mis en
avant aujourd’hui pour le remettre en cause ! Les
entreprises publiques organisent d’ailleurs une prise
en charge des frais de transport et un cumul de
congés, pour partir deux mois consécutifs !
Ce qui est en jeu, ce n’est donc pas une défense des
seuls intérêts des fonctionnaires. Non ! C’est la
défense d’un principe : la continuité territoriale.
Au nom d’une idéologie libérale où chacun se
retrouvera à payer le prix fort, Nicolas Sarkozy
tourne le dos à une solution évoquée avant la présidentielle
par de nombreux parlementaires : fixer des
prix-plafonds et imposer aux compagnies aériennes
des obligations de service public.
La remise en cause du congé bonifié rejoint la
longue liste des attaques antisociales du gouvernement
et de son “chef” qui ne connaît qu’un seul
principe : « on ne prête qu’aux riches » !
❐ L’Union syndicale Solidaires appelle tous les originaires des DOM à se réunir, à
débattre pour démonter un à un les arguments des fossoyeurs du congé bonifié.
❐ Dans l’unité la plus large possible, il faut préparer la riposte nécessaire face à
ce véritable coup de force !
❐ Dans le cadre de l’application de la continuité territoriale, il faut imposer le maintien
du congé bonifié, mais aussi la prise en charge des frais de transport pour les
dizaines de milliers d’agents contractuels (de droit public ou de droit privé) qui en
sont exclus !
La loi sur la Corse contredit Nicolas Sarkozy qui ne poursuit qu’un seul but : supprimer ou réduire les financements publics outre-mer !
Contrairement à ce que prétendent Nicolas
Sarkozy et Christian Estrosi, les règles de l’Union
européenne n’interdisent pas du tout d’encadrer la
desserte aérienne outre-mer.
Sinon, comment expliquer que la loi relative à la
Corse, votée en 2002, le prévoit explicitement !?
Ainsi celle-ci prévoit que « des obligations de ser -
vice public sont imposées par la collectivité terri -
toriale de Corse sur certaines liaisons aériennes
ou maritimes pour assurer le principe de continui -
té territoriale. Ces obligations ont pour objet (...)
de fournir des services passagers ou fret suffisants
en termes de continuité, régularité, fréquence,
qualité et prix et, le cas échéant, de capacité, pour
atténuer les contraintes liées à l’insularité et faciliter ainsi le développement économique de l’île,
l’aménagement équilibré du territoire insulaire et
le développement des échanges économiques et
humains entre l’île et la France continentale. (...) ».
Cette loi permet même de proposer des billets
d’avion à prix réduit : « La collectivité territoriale
de Corse peut également établir un régime d’aides
individuelles à caractère social pour certaines
catégories de passagers ».
_De nombreux parlementaires avaient défendu que
le même dispositif soit intégré dans la loi d’orientation
d’outre-mer adoptée en 2003, soit un an
après. Ce qui n’a pas été fait...
En revanche, le gouvernement a bien l’intention de
supprimer ou réduire les rares financements
publics prévus par cette loi. Comme la dotation de
continuité territoriale...






