Divisée en quatre parties (économie, fiscalité, entreprise, agriculture), cette quatrième section du programme du Front national témoigne de la réalité à la fois (ultra) libérale et (néo) protectionniste d’un programme économique aussi contradictoire qu’irréaliste et destructeur pour le salariat.
Le constat : Pour le FN, l’économie française est face à un dilemme : « l’étatisme pèse sur elle de manière croissante alors qu’elle est sans relâche soumise à un libre-échangisme sans frein ». L’économie serait victime d’« une spoliation par l’étatisme » via, entre autres, les budgets publics et les entreprises publiques accusées d’être en position de monopole et d’intervenir dans des buts non économiques ou contraires à l’intérêt général (cette dernière remarque visant plus particulièrement une « politique d’embauche discriminatoire » de la part de certaines entreprises publiques qui « pratiquent un recrutement préférentiellement étranger »). Le niveau des prélèvements obligatoires dans notre pays, en particulier celui des charges sociales, est également très largement dénoncé par le FN. Tout comme le libre-échangisme : « la prospérité par le commerce international étant le rideau de fumée d’apparence scientifique qui fait avaler le mondialisme, à l’instar du marxisme qui prétend que la lutte des classes est un phénomène historique pour en déduire qu’il faut abolir la propriété privée ». Pour le FN : l’Etat spolie, le libre-échangisme détruit. Au final, « l’Etat se substitue aux citoyens et aux agents économiques pour dire à leur place ce qui convient. Il restreint les libertés et paralyse les initiatives individuelles. Notre économie devrait courir comme un étalon, mais on la charge comme un âne et on lui ligote les jambes ».
Les principes : Aux yeux du FN, « il n’existe pas d’économie en soi, mais une économie propre à chaque société humaine. Economie qui doit se développer dans le respect de l’intérêt national ». Aussi, la France devra se redonner des frontières économiques et réguler les échanges par un « protectionnisme raisonné » pour mieux produire français. A travers sa politique économique, le FN entend surtout faire reculer « l’étatisme » (pour restaurer un Etat-arbitre) à travers, entre autres, un allégement massif des ponctions fiscales et sociales (via une réforme fiscale), une réduction des dépenses publiques (en prohibant les déficits budgétaires), une mise sur le marché de 40% des actions des entreprises publiques (le reste étant distribué aux familles françaises et aux contribuables). « Effort, liberté, protection... l’économie soumise au principe de réalité concourra à l’indépendance du pays, gage de sa véritable prospérité ».
Les principales propositions :
une protection économique « permanente, flexible et pragmatique » sera établie aux frontières nationales (les produits étrangers seront surtaxés, des contingents d’importation seront appliqués à certains types de produits ou de biens...).
des actions de promotion des produits français seront organisées auprès des consommateurs pour qu’ils achètent français.
la France développera une coopération renouvelée avec le Tiers-monde, en commençant par le monde francophone africain.
les dépenses publiques et sociales seront réduites de 75 milliards de francs (puisque l’Euro sera abandonné) par an, sur dix ans.
il sera mis fin à la « subventionnite » (pour cela, « une amputation annuelle de 10% des crédits publics affectés aux interventions économiques et socio-culturelles - sauf exception justifiée - jusqu’à leur quasi-extinction, sera programmée).
tout ce qui a trait à des biens ou services « commercialisables » sera remis à la libre-entreprise en utilisant le « capitalisme populaire ».
les disponibilités budgétaires (fruits de la nouvelle politique économique mise en place) seront consacrées au financement des priorités nationales : la famille, la défense, la sécurité et la justice, la ruralité, le rayonnement de la France dans le monde.
etc.
Le constat : Pour le FN, « trente ans de fiscalo-étatisme ont fait de la France un pays socialiste qui s’ignore ». « De l’empilement des taxes à l’instabilité des textes et de l’injustice entre contribuables, à l’arbitraire des décisions, le fiscalisme fait reculer l’Etat de droit et favorise l’économie souterraine : de l’évasion fiscale légale des « hauts-lieux » au travail clandestin des banlieues ». Le FN dénonce tour à tour : un fiscalisme prédateur, un matraquage fiscal, des prélèvements multiples et complexes, une redistribution fiscale illusoire et nocive... pour terminer sur une diatribe contre l’Etat : « Par son interventionnisme, toujours et partout où il en a usé, l’Etat a stérilisé les initiatives, s’est surchargé des fonctionnaires, a augmenté démesurément les dépenses et les impôts, réduit la production, dilapidé de grandes sommes de richesse privée, restreint la liberté individuelle, devenant, de la sorte, un lourd et insupportable ennemi de la Nation, rejeté par nos compatriotes ».
Les principes : Aux yeux du FN, l’Etat n’est qu’accessoirement un agent économique. La prospérité ne peut venir que de l’effort de chacun : « seuls sont acteurs productifs les travailleurs et les entreprises ». Selon lui, il faut que l’Etat revienne à ses seules fonctions régaliennes afin de rétablir un « Etat juste » et restaurer le consentement des citoyens. Cela passe par la mise en place « du juste impôt », via une réforme fiscale « reposant sur le principe de non-confiscation qui trouve sa base dans le droit de propriété ». A cette fin, un « pacte fiscal pour la prospérité française » sera mis en œuvre. « Il faut mettre fin au fiscalisme : il y va de l’indépendance du pays et de la prospérité des Français ».
Les principales propositions :
un taux maximal des prélèvements obligatoires sera inscrit dans la Constitution.
en matière d’impôts (au niveau national comme local), le référendum sera utilisé pour prendre les grandes décisions fiscales et mettre un frein aux excès financiers des exécutifs locaux.
l’impôt sur le revenu sera progressivement supprimé.
les successions en ligne directe au sein de la famille seront totalement exonérées de droits.
l’épargne populaire sera totalement exonérée de fiscalité et de cotisations sociales.
la CSG et la CRDS seront progressivement supprimées.
un quotient familial pour les cotisations sociales de prévoyance retraite sera instauré.
le taux de l’impôt sur les sociétés sera ramené à 10% du bénéfice des entreprises.
l’impôt de solidarité sur la fortune sera supprimé au profit d’une taxation des mouvements spéculatifs de capitaux.
le principe de la spécialisation d’un impôt par collectivité locale sera adopté, le nombre de niveaux ramené à deux (communes et provinces) et les possibilités d’emprunt strictement encadrées.
etc.
Le constat : Pour le FN, la « mortalité » des entreprises françaises est excessive : beaucoup se créent mais ne parviennent pas à survivre. Le principal fautif serait « l’étatisme » français (avec l’appareil fiscal et réglementaire qu’il a secrété) qui considère l’entreprise « comme un distributeur automatique d’emplois, de salaires et d’impôts... prenant son pourcentage des bénéfices mais aux abonnées absents dans les difficultés ». L’hostilité que rencontrerait la libre-entreprise dans notre pays est décrite par le FN à travers les « sept plaies de l’entrepreneur » : un manque de fonds propres, un matraquage fiscal, un enseignement hostile au métier, une instabilité réglementaire et fiscale, des incertitudes de change dues à la spéculation monétaire, un libre-échangisme nuisible à la vraie concurrence, une alliance étatisme et mondialisme contre l’entrepreneur.
Les principes : Aux yeux du FN, « là où est l’entreprise libre, là est la vraie richesse ». Pour lui, l’entreprise libre, c’est l’entreprise familiale (« la seule structure élémentaire autour de laquelle puisse s’organiser d’une manière solide et durable la résistance à la marée montante du mondialisme. C’est la synergie famille-entreprise qui peut stabiliser l’équilibre de la société française »). Pour le FN, le retour de la prospérité passe prioritairement par des petites et moyennes entreprises françaises « qui doivent faire l’objet d’une attention constante et sans faille : pour cela il faut recourir non à l’action publique accrue mais à la libération du fardeau étatique ». Pierre angulaire de son projet : l’institution d’une forme sociale nouvelle, la Société de personnes à qualification reconnue (SPQR), structure juridique « d’entreprise à taille humaine ». Il s’agira d’une société de personnes (le contraire d’anonyme) structurée autour d’un nom et d’une qualification précise correspondant à une spécialité, à une compétence, à un produit... « commode et souple pour les chefs d’entreprise, attractive pour les apporteurs personnels de capitaux, le chef d’entreprise, lui-même, sa famille, ses proches, et d’éventuels apports extérieurs, tout en offrant les meilleures garanties aux tiers ». (autrement dit : pour lutter contre le grand capital... le FN propose le petit et le moyen capital).
Les principales propositions :
des SPQR (cf. les principes) seront mises en place.
une réforme des procédures en cas de difficultés de l’entreprise sera mise en œuvre.
la concurrence interne sera développée en refusant les abus de position dominante.
les privilèges fiscaux des coopératives seront supprimés.
il sera mis fin à l’extension de la grande distribution.
il sera procédé à un « assainissement » de la publicité, afin de respecter des critères esthétiques, de moralité publique et d’honnêteté commerciale. etc.
Le constat : Pour le FN, l’agriculture française se retrouve aujourd’hui de matière délibérée dans une situation de mort programmée. Situation qui traduit l’hostilité que rencontre le modèle de civilisation qu’elle constitue. « L’agriculture made in Bruxelles » est considérée par le FN comme « une machine devenue folle, au seul service d’intérêts ploutocratiques anonymes ». « L’agriculture moderne, dans le cadre euromondialiste, viole le bon sens et détruit la nature, elle est devenue industrielle, artificielle, antinaturelle... elle est devenue une machine de mort, pour les paysans, pour les consommateurs, pour la France ».
Les principes : Aux yeux du FN, il faut, pour sauver l’agriculture française, sortir de l’Europe de Bruxelles et viser à un triple retour au réel : une agriculture française prospère, nourricière et indépendante. La terre doit faire vivre décemment tous les paysans et nourrir sainement tous les Français (via la promotion d’une agriculture authentiquement biologique en plaine et une agriculture extensive en milieu sylvo-pastoral). De plus, « une grande Nation, comme la France, se doit d’assurer elle-même l’alimentation de ses habitants en ne recourant qu’avec parcimonie à des approvisionnements extérieurs. L’autosuffisance alimentaire est un gage d’indépendance et de sécurité, essentielles dans un monde incertain et dangereux ». Par ailleurs, « le monde rural et la vie rurale sont aussi indispensables à l’équilibre moral de notre pays. Les paysans et le monde rural sont porteurs de valeurs traditionnelles indispensables à la stabilité de notre pays. Un peuple a besoin d’être enraciné dans son sol, et c’est à travers les paysans qu’il peut l’être. Sans eux, la France s’étiolerait comme un arbre dont on a coupé les racines ». Dans cette perspective, le FN entend développer la ruralité et restaurer une agriculture nationale prospère et à taille humaine.
Les principales propositions :
toute liberté sera rendue aux paysans pour se lancer à la conquête de leur propre marché, notamment en conférant de la valeur ajoutée à leurs productions.
les sociétés de droit public (SAFFER) seront dissoutes et il sera mis fin au remembrement.
l’enseignement agricole sera confié à la profession, et l’installation des jeunes agriculteurs sera favorisée (baisse des taux de prêt, exonération de charges sociales...).
des dispositions légales seront prises pour restreindre l’appropriation de la terre par des ressortissants étrangers.
l’impôt sur le foncier non-bâti sera supprimé et les taxes parafiscales allégées.
les retraites agricoles seront rattachées et mises à niveau sur celles du régime général.
l’usage des engrais et des herbicides les plus polluants sera limité, un moratoire sur les OGM sera mis en place, la politique des labels sera intensifiée.
etc.
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